Category Archives: Almanach

Décembre

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le bonheur d’avoir tout perdu
le miracle d’être pendu
à la sonnette de l’hospice
(on consulte les aruspices)

la certitude de la rime
comme du bateau qu’on arrime
et l’incertitude des vents
naviguerait-on droit devant

tout cela bast ! est contingent
le monde croule sous les gens
la terre tombe dans ses plis
comme un agité de son lit

in Jours obscurs
(Le Cherche midi, Janvier 2017)

Novembre

p1010222l’univers est universel
un peu comme l’eau de vaisselle
et le monde est mondial
on dirait la fin du bal

quant à la terre elle est terrestre
et de moins en moins intime
les océans sont maritimes
on consomme ce qu’on y verse

les marins dans le cambouis
pourront bientôt marcher sur l’eau
les terriens regardent les flots
inonder leur dernier boui-boui


in
Cette âme perdue,
(Le Castor Astral, 2011)

Octobre

unnamedce matin j’ai lu le journal
du vingt octobre 1939
date de ma naissance
pas même un entrefilet
ce doit être une erreur
un oubli (mais de qui ?)
vous aurez beau chercher
à me rassurer je trouve
cette lacune inquiétante

in La vallée de Misère
(Le temps qu’il fait, 1987)

Septembre

je me tiens à la fenêtreunnamed
en attendant qu’un bel être

fabuleux me fasse signe
et d’un doigt clair me désigne

pour le suivre pas à pas
sur la terre et au­ delà

in À Saint ­Léger suis réfugié

(L’Arrière ­Pays, 2014)

Août

fermez le ban ouvrez l’azurDSCF2286
définissez en langue pure
les qualités de vos montures
et si vous partez en voiture

préparez donc une voilure
de rechange selon l’allure
et le sens de votre aventure
le vent se lève c’est un mur

qui vous fera la vie très dure
mais c’est assez car rien ne dure
ni les chevaux ni les voitures

ni Tristan ni le roi Arthur
mais au contraire les ordures
que vous accumulez sur terre

(inédit)

 

Juillet

Je voulais, dit l’enfant, rencontrer le revenant. Juillet
Tu sais, l’esprit des Quatre­-Vents, près de la chapelle.
- Ce n’est pas une mauvaise idée, répond le grand-­père.
Qu’en pensez–vous, Felix ?
— Je crois bien que je l’ai rencontré, mais c’était du côté
du mont Kemmel, il m’a aidé à réparer mon pneu déchiré
pendant une accalmie. Ensuite il m’a poussé jusqu’à l’arrivée,
et j’ai gagné la course.”

Refuges du vent (Cahiers d’Éole, Avril 2004)

Juin

car le poète a des souvenirs399d4138-1603-4df8-8ec5-65afb1e169d9
d’enfance de jeunesse et même
de maturité le temps passe
aussi pour les poètes attardés
quels que soient leur âge et leur
identité les poètes (dit le poète)
ont toujours l’âge du vieil océan
ou plus modestement de la mer
ou d’un bras de mer d’un aber
(s’ils sont bretons) ou d’une mince
et discrète rivière de sang
s’ils meurent en combattant

in Dame et dentiste
(éd. Inventaire/Invention, 2003)

 

 

Mai

Mai

on l’aura compris les sonnets
sont loin d’atteindre les sommets
on a beau grimper on s’éloigne
on se traîne en basse campagne

on rit de soi mais on déplore
de ne découvrir jamais d’or
parmi les ordures du temps
on grimpe à l’assaut d’une motte

de terre où la taupe complote
on glisse cul par­-dessus tête
or on se demande où vous êtes
belles muses de l’ancien temps

qu’en ces jours on aimerait tant
lutiner au bord d’un étang

in Plein emploi

(Le Castor Astral, mai 2016)

Avril

unnamedSommes­-nous bien assurés de vivre ce que nous vivons ? On disparaît beaucoup dans les romans de Dhôtel, mais sommes­-nous bien certains que les disparus ne rôdent pas dans les parages ? Disparaître est sans doute fatal, mais peut­-être la fatalité n’est-­elle pas ce que l’on imagine.”

Postface à l’ouvrage d’André Dhôtel, Le club des cancres

(La Table ronde, 2007)

(illustration : Hollande, Le cherche midi, 2007)

Mars

P1010450après une vie bien droite
il faut passer l’arme à gauche

je plains le sort du gaucher
qui doit passer l’arme à droite

 

in Le promenoir magique

(La Table ronde, 2009)